Le rôle clé des industries du sous-sol


Jérôme Gouin 

Responsable projets Mines & Carrières, Géotechnique, Hydrogéologie au Pôle Avenia 

Qu’est-ce que le Pôle Avenia ?

Avenia est le Pôle de compétitivité des industries du sous-sol. Le rôle de ces industries est de connaître, exploiter et valoriser les ressources du sous-sol. Le Pôle compte plus de 250 adhérents, de différents profils : grands groupes (e.g. EDF, Orano, TotalEnergies), Entreprises de Taille Intermédiaire (e.g. Teréga), PME, TPE, organismes de recherche (CEA, IFPEN), écoles d’ingénieurs, fédérations et associations professionnelles, sociétés savantes (e.g. Société Géologique de France), collectivités (e.g Région Nouvelle Aquitaine, CCI Pau Béarn, Agglomération de Pau), etc. Notre mission est de favoriser l’innovation collaborative et le développement des PME & TPE, ainsi que d’accompagner la mutation des métiers. Nous sommes basés à Pau, avec des bureaux à Paris et à Nancy.

Quels sont les différents types d’industries du sous-sol ?

Les industries du sous-sol se répartissent en 7 domaines principaux :

·       Pétrole & gaz

·       Géothermie

·       Stockage géologique

·       Mines & carrières

·       Hydrogéologie

·       Géotechnique

·       Hydrogène naturel

 

En quoi les industries du sous-sol sont-elles clés pour relever les défis de la souveraineté et de la décarbonation ?

Les ressources extraites du sous-sol nous permettent de réduire notre dépendance envers d’autres pays, depuis lesquels nous importons aujourd’hui une part importante de nos ressources (métalliques notamment).

Elles participent également à la décarbonation de l’économie à trois titres :

·       En évitant le transport intercontinental pour acheminer les métaux d’un pays à un autre

·       En permettant de développer des technologies bas-carbone

·       En offrant une alternative aux énergies fossiles pour la production de chaleur, d’électricité ou d’hydrogène (e.g., géothermie, hydrogène naturel)

 

Depuis quelques années (un peu avant le Covid), les politiques ont pris conscience de l’importance des ressources du sous-sol, en particulier pour les métaux critiques et stratégiques. Depuis le rapport Varin notamment (publié en 2022), le gouvernement a engagé des initiatives allant dans le sens d’une plus grande maîtrise de nos dépendances. Par exemple, l’OFREMI (Observatoire Français des Ressources Minérales pour les Filières Industrielles) a été créé, et un délégué interministériel aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques, Benjamin Gallezot, a été nommé. Des accords ont été signés entre la France et plusieurs pays « amis » :

·       Avec le Canada pour l’uranium, le lithium, le nickel, le cobalt, le cuivre, l’aluminium

·       Avec le Chili pour le cuivre et le lithium

·       Avec l’Australie pour le lithium, le nickel, le cobalt, le fer et l’aluminium

 

Quel est le potentiel encore inexploité du sous-sol français ?

Depuis le premier inventaire minier réalisé entre 1975 (suite au choc pétrolier de 1973) et 1992, nous savons que le sous-sol français contient plusieurs substances critiques ou stratégiques, entre autres :

·       Du tungstène, un métal très dur qui est par exemple utilisé pour les outils de coupe ou les billes des stylos

·       De l’antimoine, par exemple utilisé pour les retardateurs de flamme

·       Du germanium, utilisé dans les semi-conducteurs

·       Du lithium, très majoritairement utilisé pour les batteries des véhicules électriques

Quels sont les projets d’exploitation en cours sur le territoire métropolitain ?

Des projets d’exploitation à court ou moyen terme sont en cours, par exemple en Alsace ou dans l’Allier :

·       En Alsace, il s’agit du projet Ageli porté par Eramet et Électricité de Strasbourg, pour extraire du lithium en utilisant la géothermie

·       Dans l’Allier, Imerys travaille sur un projet d’exploitation de lithium, pour le marché des batteries pour voitures électriques

D’autres projets sont plus exploratoires : par exemple, des permis de recherche ont été délivrés pour explorer le potentiel du Limousin pour plusieurs métaux (e.g., antimoine, cuivre, zinc, argent).

Quelles sont les actions du Pôle en matière d’aide à la mutation des métiers ?

Nous favorisons le transfert de compétences et de technologies entre les filières industrielles du sous-sol, comme par exemple de l’industrie du pétrole et du gaz vers la géothermie ou l’hydrogène naturel, dans le cadre de nos Clubs Innovation que nous voulons les plus transverses possibles. Par exemple via des groupes de travail thématiques sur le forage, le digital, la géophysique, la communication, l’environnement, etc.

Par ailleurs, nous organisons un événement étudiants / entreprises chaque année en novembre : les 24h de l’Innovation au Centre de la Terre, qui permet de faire un lien entre les organismes de formation et les nouveaux besoins du monde professionnel.

Enfin, en termes de diffusion des connaissances et des enjeux associés aux ressources du sous-sol, le Pôle AVENIA co-édite la revue Géologues, dans le cadre d’un partenariat avec la Société Géologique de France. Dans ce cadre, un numéro hors-série intitulé « Les métiers des géosciences : Évolution et challenges » a été publié en 2022 pour faire un état des lieux des nouvelles tendances et des défis à relever : transformation numérique, valorisation de la donnée, transition énergétique & écologique, médiation scientifique.